Collection Loto-Québec

 François Vincent: 2006 / Gouache vinylique sur toile (H 107 x L 115 cm)

François Vincent: 2006 / Gouache vinylique sur toile (H 107 x L 115 cm)

 

La collection Loto-Québec :

À l’image de l’art contemporain québécois

écrit par Catherine Barnabé*

 

En visitant la réserve de la collection Loto-Québec en compagnie de son conservateur Louis Pelletier, un constat émerge : la place de choix accordée aux jeunes artistes et aux pratiques diversifiées est surprenante pour une collection d’entreprise. En effet, c’est l’une des plus grandes au Québec et elle peut se targuer de posséder plusieurs œuvres d’art actuelles. Contrairement à d’autres, elle encourage de jeunes artistes et se défend de soutenir des pratiques audacieuses. La collection tente de représenter le plus d’esthétiques possible, de couvrir les artistes de l’ensemble des régions du Québec et de toutes les générations. Un mandat convaincant et justifiable, non négligeable pour une société d’État commerciale.

Les œuvres sont choisies pour être vues et non dans un simple but pécuniaire, dans une seule visée d’investissement. En effet, la réserve de la collection en contient très peu, puisque la plupart sont en circulation. Les pièces choisies le sont donc pour être accrochées, montrées dans les bureaux et les édifices appartenant à Loto-Québec, quelques-unes sont aussi prêtées à des ministères. Faire voir l’art actuel et contemporain donc, embellir des espaces de travail souvent mornes et ternes, faire découvrir aux gens des œuvres avec lesquelles ils ne seraient jamais entrés en contact. Et leur donner envie de l’art, développer une curiosité face à des pratiques qui sont souvent incomprises ou volontairement mises de côté. Cette attitude répandue face à l’art contemporain l’est par manque de ressources du public pour en comprendre les sens ou même l’esthétique. Une certaine médiation est souvent nécessaire, même pour des amateurs avertis, afin de saisir l’intention de l’artiste. Pourtant, en côtoyant ainsi l’art dans leur quotidien, les gens n’ont d’autre choix que d’y être confronté et parions qu’ils apprivoisent tranquillement les œuvres qui au début les rebutaient.

En opérant le processus d’acquisition unique composé d’un jury diversifié, monsieur Pelletier ouvre les portes sacrées de l’art contemporain à des citoyens sensibles aux pratiques artistiques mais qui n’ont aucun repère professionnel dans ce milieu. Une autre façon de démocratiser l’art, de rendre accessible un milieu (trop) souvent clos sur lui-même. Un regard renouvelé se pose sur le travail des créateurs et cela ne peut que le stimuler. Les œuvres choisies sont donc diversifiées et sélectionnées par des gens d’expertises plurielles qui contribuent à nourrir l’éventail des pratiques soutenues. Cette façon de faire est rare et à cela s’ajoute le programme Repérage pour les artistes qui habitent l’extérieur de la métropole. Ceci permet une belle représentation de ce qui se fait actuellement partout dans la province.

Le conservateur conçoit des expositions spécialement pour l’Espace Loto-Québec à Montréal, mais aussi dans plusieurs musées du Québec. En privilégiant les présentations et le déplacement des œuvres Louis Pelletier trace une ligne de conduite singulière qui contribue concrètement au rayonnement des artistes locaux. On peut qualifier ce mandat d’unique puisque rare sont les collections qui voyagent autant.

Une autre belle initiative de la collection Loto-Québec est ce partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) pour faire l’acquisition d’œuvres répertoriées sous la désignation de nouvelles pratiques qui regroupe les arts numériques, les installations, les projections, la vidéo,  etc. Bref, des œuvres qui n’auraient pas l’occasion d’être présentées dans des bureaux mais qui, grâce à ce projet, pourront être diffusées via les expositions du MACM. Cela permet aussi au Musée d’élargir en quelque sorte sa collection, ou du moins d’avoir une banque d’œuvres supplémentaire à exposer. Les budgets d’acquisition de certains musées étant malheureusement assez restreint, ce genre de partenariat est à souhaiter puisque les entreprises privées ou d’état ont des moyens parfois enviables.

Dans cette vision de diffusion des œuvres développée par le conservateur Louis Pelletier il est encourageant de constater cette volonté de faire voir le travail d’artistes québécois. Tout en tentant d’ouvrir le processus d’acquisition, de diffuser les œuvres et de démocratiser les arts visuels en les insérant dans des environnements de travail, la collection Loto-Québec assure la conservation d’œuvres d’art et soutient les artistes. Loin de vouloir collectionner pour rentabiliser, la société d’état, en alliant une partie de son budget à l’acquisition et à l’exposition d’œuvres, nourrit le milieu artistique et remplit une faille. Elle trace un dialogue entre les entreprises et les musées, embellit les espaces de travail et contribue certainement à la santé du milieu des arts visuels québécois.

*Catherine Barnabé est:  Commissaire, auteure indépendante et responsable de la programmation, galerie Espace Projet,